Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

 

Comment on déclenche une boucherie universelle

 

Qui furent les principaux responsables. Il y a cent ans, des gens ordinaires, apparemment sensés, bons père de famille et peut-être bons époux, souvent intelligents, toujours cultivés, vont enclencher, froidement, en toute bonne conscience, un engrenage qui déclenchera une guerre quasi universelle, qui ne se terminera qu'en 1945. Guerre qui se soldera par plus (peut-être même beaucoup plus) de 50 millions de morts... Car la Première Guerre mondiale et la Seconde ne font qu'une, en vérité. La seconde n'est que l'inéluctable conséquence de la première. 

Comment cela fut-il possible ? Comment a-t-on pu permettre, commettre, puis assumer un crime d'une telle effroyable ampleur ? 

Aucun des monstres révélés par les plus horribles de nos faits divers n'a fait pire. Quelles furent les motivations des serial killers de 1914 ? Quelle force irrépressible les a fait basculer dans cette folie meurtrière ? 

Evidemment, une question nous taraude : quel est le principal responsable de cet holocauste ? Quel personnage, quel pays ? La Serbie, dont l'hystérie nationaliste a inspiré, et peut-être instrumentalisé, l'attentat de Sarajevo contre l'héritier du trône d'Autriche ? L'étrange personnage surnommé Apis, un officier serbe auteur d'un coup d'Etat précédent, qui organisa cet attentat ? L'Autriche, qui sauta sur l'
occasion pour humilier la Serbie et châtier le peuple serbe ? La Russie, qui, désirant imposer son leadership dans les Balkans, et apparaître comme la protectrice de tout le monde slave, se mit, pour se faire, au service du nationalisme et de l'expansionnisme serbe ? La France, qui avait conclu avec la Russie tsariste une alliance qui l'entraînait mécaniquement dans toute guerre voulue par Saint-Pétersbourg ? L'Italie, qui, en envahissant la Libye pour profiter de la crise de l'Empire ottoman, incita la Serbie à envahir l'Albanie, ce qui inquiéta l'Autriche. 

Cette guerre que ne désirait pas l'Allemagne 

Paradoxalement, outre la Grande-Bretagne entraînée dans ce conflit qui ne la concernait guère : par suite de l'Entente cordiale, avec la France, le pays qui redoutait le plus ce conflit, c'était l'Allemagne. Cette guerre, elle la préparait mieux que les autres, mais, prise entre deux feux, entre l'alliance franco-britannique à l'ouest et la Russie à l'est dont elle surestimait la puissance militaire, elle ne la désirait pas. A la veille de son déclenchement, le Kaiser, l'empereur d'Allemagne, était en croisière. Seuls certains chefs militaires allemands affirmaient : 
« Nous sommes encerclés. Mieux vaut donc que l'affrontement ait lieu aujourd'hui sans quoi nous serons écrasés demain. » 

En fait, si tous les protagonistes, en particulier le tsar Nicolas II et le président français Poincaré, ont leur part, leur très grande part de responsabilité, aucun n'imaginait, et donc ne le désirait point, que l'affrontement se généraliserait à ce point et atteindrait un tel degré de violence paroxystique. L'implacable logique des choses l'emporta sur la volonté des esprits. Un mécanisme infernal s'emballa et personne ne fut plus en mesure de le stopper. Les apprentis sorciers avaient déchaîné des forces aveugles qui les dépassaient et les submergeaient. 

Reconstituons cette machinerie devenue folle. Tout commença en
1903 par un coup d'Etat militaire particulièrement sauvage en Serbie... 

Des comploteurs d'opérette prêts à tout 

Pour sanguinaire qu'il fût, le massacre de Belgrade n'inquiète pas cependant Londres et Paris, ces capitales brillantes qui viennent de célébrer l'avènement du siècle de l'électricité et du progrès. Sir Francis Plunkett, ambassadeur de Grande-Bretagne à Vienne, est frappé par 
« le calme extraordinaire avec lequel un crime aussi atroce a été accepté ». Les conséquences de ce crime vont pourtant être considérables. Cerveau de cette « révolution », le lieutenant Dragutin Dimitrijevic ne revendique pas le pouvoir pour lui-même. Si ce n'était le sang répandu, il passerait facilement pour un comploteur d'opérette avec ses uniformes rutilants et sa carrure qui lui vaut d'être surnommé Apis, comme le dieu taureau de l'Egypte. Comment prendre au sérieux ces conjurés qui se réunissent au grand jour dans les cafés enfumés de Belgrade, se retrouvent à table au mess des officiers et qui vont fonder publiquement une société secrète, La Main noire ? Et pourtant, ce groupe d'officiers menés par Dragutin Dimitrijevic va mettre le feu à l'Europe. 

Explications : la Serbie de 1903 n'est qu'un petit pays taillé dans les décombres de l'Empire ottoman, lorsque Pierre Karadjorjevic devient Pierre Ier de Serbie à la faveur du massacre de la dynastie rivale des Obrenovic. 

A priori, Pierre Ier a tout pour rassurer Londres et Paris. Il a vécu l'essentiel de sa vie en Suisse et en France et il affiche une solide culture anglophone. La nouvelle Constitution adoptée semble démocratique et le gouvernement revient à un radical, Nicolas Pasic, qui ne semble guère différent des politiciens de Paris et de Londres. On ne s'inquiète pas trop
du pouvoir parallèle constitué par les officiers conjurés et massacreurs. La Serbie est pauvre et ne peut équiper son armée sans s'endetter auprès des grandes puissances. La concurrence en Europe étant ce qu'elle est, il lui suffira de s'intéresser aux armements allemands pour que la France consente des crédits quasi illimités permettant d'acheter les meilleures productions des usines d'armement françaises. Et, plus la France investit en Serbie pour faire la pige à l'Allemagne, plus elle est entraînée dans le sillage de l'aventurisme serbe. 

La Russie se pose en protectrice du nationalisme serbe 

L'importance de la Serbie doit plus à sa situation géographique qu'à ses maigres richesses. Son grand voisin, l'empire d'Autriche, survit sous la forme d'une double monarchie d'Autriche et de Hongrie dont le faste, la splendeur des fêtes et la brillance intellectuelle et musicale dissimulent mal qu'elle avance, avec la plus belle inconscience, vers la catastrophe finale. 

L'affaiblissement de la Turquie donne à Vienne l'illusion d'être la puissance dominante des Balkans. La première monarchie serbe se présentait comme l'alliée de l'Autriche-Hongrie. Le coup de force de 1903 change brutalement
la donne. Belgrade entend désormais disputer à Vienne les scories balkaniques de l'Empire ottoman. Les Russes, qui ont avalé la Crimée, y voient l'occasion de pousser, eux aussi, leurs pions. Les Serbes ne sont-ils pas, comme eux, des Slaves de religion orthodoxe ? La situation s'envenime, dès la fin 1903, lorsque la Serbie et la Bulgarie, encouragées par la Russie, se rapprochent, forment secrètement une union douanière qui évolue rapidement vers une alliance politique et militaire. Vue de Vienne, cette alliance slave des Balkans, soutenue par Saint-Pétersbourg, ressemble à un encerclement. 

Puisqu'il en est ainsi, l'Autriche
-Hongrie décide, en septembre 1908, d'annexer la Bosnie-Herzégovine. Hurlement de Belgrade qui en appelle à la solidarité armée de tous les Serbes. Le ministre russe des Affaires étrangères propose un compromis : la Russie accepte l'annexion en échange du soutien de l'Autriche-Hongrie à la revendication russe de libre accès aux détroits qui permettrait à la flotte russe de croiser en Méditerranée. Seulement, l'Angleterre, quoique liée à la Russie par un accord, n'est guère pressée de voir les Russes sortir de la mer Noire pour piétiner ses plates-bandes. La pression britannique oblige les Russes à dénoncer l'accord, et donc l'annexion de la Bosnie par l'Autriche. Le tsar Nicolas II jure qu'il n'a jamais soutenu la démarche de son ministre, lequel affirme avoir été dupé par les Autrichiens. 

L'empire des Habsbourg d'Autriche «gémit», perclus de rhumatismes 

Occasion ratée. Les antagonismes s'exacerbent. 

Cependant, les deux empires qui s'opposent masquent mal leur décrépitude. Le tsar Nicolas II achève tout juste de contenir la poussée révolutionnaire de 1905. Il a mené une effroyable répression tout en concédant une vague libéralisation du régime. En fait, il trouve l'occasion de conforter son trône chancelant en réveillant le chauvinisme russe et en jouant la solidarité slave et orthodoxe. En 1909, il expédie un nouvel ambassadeur à Belgrade, Nicolas Hartwig, considéré en Autriche comme «un fanatique slavophile». Celui-ci va, en effet, systématiquement jeter de l'huile sur le feu. 

On a
fêté, en 1908, à Vienne, les 50 ans de règne de François-Joseph, mais les fastes du jubilé ne trompent personne. 

Dominé par deux nationalités minoritaires, les Allemands et les Hongrois, le vieil empire est une mosaïque de peuples, des Polonais aux Italiens, en passant par les Ukrainiens, les Ruthènes, les Roumains, les Tchèques, les Slovaques, les Slovènes, les Croates et les Bosno-musulmans. 

Les tensions nationales, ethniques et religieuses sont partout. Entre Tchèques et Allemands, entre les Polonais de Galicie et les minorités ruthènes et ukrainiennes des Carpates, entre Hongrois et Roumains en Transylvanie, Hongrois et Serbes en Voïvodine, entre Serbes et
Croates en Croatie-Slavonie, et, bien sûr, en Bosnie et en Herzégovine, récemment annexées, où la tension avec une population musulmane s'ajoute à l'hostilité entre Serbes et Croates. 

Certes, de Trieste à Cracovie, de Cernovice à Ljubljana, l'Autriche-Hongrie semble florissante, elle connaît une forte croissance économique et une formidable vie culturelle. Mais Vienne, Budapest et Prague ont beau être les capitales de la musique, l'Autriche-Hongrie se débat dans une assourdissante cacophonie. Les malheurs du vieil empereur François-Joseph fourniront de beaux scénarios de cinéma, son fils Rodolphe s'est suicidé, pour des raisons sentimentales, à
Mayerling, l'impératrice Elisabeth, «Sissi», est assassinée en Suisse. La succession du trône revient à un neveu de François-Joseph, l'archiduc François-Ferdinand, dont le mariage avec une simple comtesse tchèque, Sophie Chotek de Chotkowa, est considéré comme une mésalliance. L'archiduc n'est pas seulement un successeur obligatoire, c'est un homme politique convaincu de la nécessité de réformer l'empire et de mieux y intégrer les composantes slaves. 

Les Balkans : champ clos des affrontements. Les intérêts impérialistes 

La petite Serbie, elle, s'enflamme. Son nationalisme devient d'autant plus exalté qu'elle se sent soutenue par la «grande» Russie (et indirectement par la France). Elle veut regrouper, sous sa férule, les Serbes de Macédoine, de Voïvodine et de Bosnie-Herzégovine. Elle lorgne sur le Monténégro, qui dispose d'un accès à l'Adriatique, et regarde vers l'Albanie, enclave ottomane qui accède à l'indépendance en 1912. 

Comment les Balkans, qui ne constituent pas, loin s'en faut, un eldorado regorgeant de richesses naturelles, peuvent-ils embraser l'Europe entière ? En fait, ils catalysent les tensions qui s'accumulent
entre des puissances européennes qui se disputent des continents entiers, et en particulier l'Empire ottoman. 

La France s'est consolée en Afrique et en Extrême-Orient de la perte de l'Alsace et d'une partie de la Lorraine. La nostalgie des territoires perdus nourrit sans doute la littérature, les romans nationaux d'Erckmann-Chatrian, la prose envoûtante de Maurice Barrès et la poésie de Charles Péguy, mais les politiques, depuis Jules Ferry, regardent ailleurs, préférant les conquêtes coloniales au rêve d'une reconquête. 

C'est en Afrique, et en Afrique du Nord tout particulièrement, que l'on s'
efforce de limiter la présence allemande. Maîtresse en Algérie, protectrice de la Tunisie, la France veut renforcer sa présence au Maroc, malgré l'opposition allemande. Pour y parvenir, elle se rapproche de l'Angleterre. La IIIe République cultive le souvenir de la Révolution française, mais elle ne tient nullement à s'isoler face à une Europe presque entièrement constituée de monarchies. Si les liens du sang fondaient la politique, la République française serait en face d'une coalition écrasante. Le Kaiser d'Allemagne, Guillaume II, et le roi George V d'Angleterre sont tout deux petits-fils de la reine Victoria. La très fantasque tsarine, épouse de Nicolas II, Alexandra Hesse Darmstadt, est également une petite-fille de Victoria. Les mères de George V et de Nicolas II sont sœurs. Le Kaiser et le tsar Nicolas descendent l'un et l'autre du tsar Paul Ier. La grand-mère du tsar n'est autre que Charlotte de Prusse, grand-tante de Guillaume II. 

Si le roi d'Angleterre ne se mêle pas directement du gouvernement, le Kaiser d'Allemagne et le tsar - les deux termes signifient «César» - demeurent, eux, de véritables chefs d'Etat. 

La France construit le système d'alliances qui va rendre tout conflit mondial 

La France compense l'instabilité de ses gouvernements par la permanence de ses institutions et de sa bureaucratie. Les ministres passent, les ambassadeurs restent : des diplomates jouent ainsi un rôle considérable. 

Ministre des Affaires étrangères presque inamovible, Théophile Delcassé a fixé la ligne de la politique française : l'alliance avec l'Angleterre est plus précieuse que tous les territoires disputés en Afrique. Ce pourquoi la droite nationaliste se déchaîne contre lui et la presse le traîne la boue ! En 1899, il est, cette fois, critiqué à gauche pour avoir relancé l'alliance franco-russe qui devient de plus en plus clairement
une alliance militaire. Le tsar Nicolas II se rend triomphalement à Paris, les Russes et les Français organisent des parades et des manœuvres communes. Ce rapprochement avec le plus antidémocratique des régimes européens heurte bien Jean Jaurès, mais l'opinion républicaine l'approuve, parce qu'il paraît clairement dirigé contre l'Allemagne. Théophile Delcassé n'est pas un va-t-en-guerre, mais il a mis au point un redoutable système d'alliances, qui donne au moindre conflit une dimension européenne, sinon mondiale. 

Il ne reste plus qu'à rapprocher les deux alliés de la France, l'Angleterre et la Russie.
C'est chose faite en 1907. Les Russes et les Anglais se mettent d'accord sur les zones d'influence respectives, comme sur le partage des dépouilles de l'Empire ottoman. Tout est donc en place..., si une partie s'embrase, le tout flambe. La France s'est engagée à défendre la cause serbe et la politique russe dans les Balkans, la Russie en retour soutiendra les revendications françaises sur l'Alsace et la Moselle. 

Curieusement, dans cette danse macabre des diplomaties européennes, cette question d'Alsace et de Moselle semble bien enterrée. Elle hante certes la politique française, du moins
dans les discours, les journaux, les pamphlets et les chansons ; mais tous les conflits portent sur les partages coloniaux ou sur les Balkans, jamais sur cette revanche dont rêvent les Français depuis 1870 ! Les plus germanophobes des Français préparent les conditions de la guerre sans jamais évoquer l'Alsace. Les regards sont tournés vers la ligne bleue des Vosges, mais la pratique passe par l'Afrique du Nord et les Balkans. 

L'Italie met le feu aux poudres 

L'Italie (membre de la Triple Alliance avec l'Autriche et l'Allemagne) veut une part du partage colonial et se lance à l'assaut de la Libye, profitant à son tour de la décrépitude ottomane. Et, puisque les Italiens attaquent un lambeau de l'Empire turc, les Serbes, les Monténégrins et les Bulgares se sentent en droit d'arracher les dernières possessions balkaniques de Constantinople. 

Conséquence : la guerre éclate dans les Balkans en 1912. Le roi Pierre Ier de Serbie prend la pose du libérateur des peuples frères opprimés par les Turcs. Les Grecs cherchent à reprendre Salonique, les Bulgares entrent en Macédoine. Du coup, Serbes et Grecs se retournent contre les Bulgares. Micmac sanglant. La Russie tente d'arbitrer et de fédérer les Slaves tout en cherchant un accord avec Constantinople : la détente contre le passage de la flotte russe dans les détroits ! Ce n'est plus une guerre, c'est un imbroglio. La Serbie remporte toutefois une victoire hautement symbolique sur les lieux mêmes de sa défaite devant les Ottomans en 1389 : le Kosovo ! La libération de cette province historique rehausse le prestige du roi Pierre Ier et, surtout, celui des militaires nationalistes. 

Au même moment, sur le front colonial, une provocation allemande au large d'Agadir tourne court. Joseph Caillaux dirige le gouvernement français et, à l'inverse de nombre de diplomates et d'hommes politiques, il se montre totalement hostile au déclenchement d'une guerre en Europe. L'affaire se solde par un compromis. Ce qui prouve que c'était possible. 

Le calme avant la tempête 

Paradoxalement, au début de 1914, l'Europe respire. L'affaire des Balkans semble s'être tassée, les Allemands ont renoncé au Maroc et reçoivent en échange une concession, entre Cameroun et Congo. 

Le 10 mai 1914, les Français élisent leurs députés et donnent une majorité écrasante à la gauche (ce qui démontre qu'ils ne veulent pas la guerre). La Chambre les républicains, radicaux et radicaux-socialistes sont plus de 300 et la SFIO (les socialistes) de Jean Jaurès et Jules Guesde obtient 106 députés. Les divisions entre radicaux et républicains rendant cependant difficile la constitution d'une majorité, le président Raymond Poincaré fait appel
à l'ex-socialiste droitisé René Viviani, qui forme un gouvernement (celui qui sera entraîné dans le conflit) dont le ministre des Affaires étrangères, Aristide Briand, passera bizarrement à la postérité avec le titre d'« apôtre de la paix »

Ce gouvernement, formé le 14 juin 1914, n'a rien de plus pressé que le renforcement des alliances de la France. Il répond donc positivement à Nicolas II qui propose d'organiser une grande réunion franco-russe en juillet à Saint-Pétersbourg. On y rendra encore plus automatique l'entrée en guerre de la France en cas de conflit de la Russie avec l'Autriche. 

Pendant que Russes et Français échangent des amabilités, l'archiduc François-Ferdinand est en visite officielle à Sarajevo. 

Le 28 juin 1914 est pour les Serbes une date symbolique : c'est le jour anniversaire de la défaite de 1389 (contre les
Turcs), et c'est la première fois qu'on le célèbre dans le Kosovo redevenu province serbe. La visite de l'archiduc autrichien en Bosnie en ce jour sacré est un affront pour les Serbes de Sarajevo. La Main noire, société secrète ultranationaliste formée par les militaires conjurés de Belgrade, ne peut laisser passer ce défi. Apis - le revoilà -, l'instigateur du massacre de 1903, inspire directement les «terroristes» de Sarajevo. 

Un attentat de branquignols qui réussit par hasard 

Le complot est si peu discret que les services autrichiens, conscients du danger, transmettent une note à Vienne. Inconscients, l'archiduc et sa femme caracolent dans Sarajevo à bord d'une voiture découverte. Quelques soldats et policiers surveillent le parcours, mais François-Ferdinand et Sophie n'ont que leur chauffeur et un garde du corps comme protection rapprochée. Les terroristes sont pourtant du genre Branquignols. Ils ont prévu de lancer successivement deux bombes manuelles sur la voiture. Le premier lanceur reste comme paralysé au moment d'agir. Le second rate sa cible, la bombe rebondit sur la capote de la
voiture de Ferdinand et Sophie, elle explose sur la voiture suivante. 

Cette tentative manquée devrait logiquement conduire à l'annulation du programme de visites. Le cortège parvient à l'hôtel de ville de Sarajevo ; le maire et l'archiduc prononcent les discours prévus. Mais, après cette halte, on repart : puisque le danger est passé ! L'âme de la conjuration, Gavrilo Princip, sait que ses hommes ont échoué. Il semble difficile de rattraper le coup, mais - changeant de position - il tente le tout pour le tout. L'homme n'est pas un tireur d'élite mais il réussit à tirer deux
balles à bout portant. Le chauffeur accélère, fonce au palais du gouverneur. Sophie est déjà morte et l'archiduc François Ferdinand succombe peu après son arrivée au palais. 

Il ne faut pas quatre semaines pour transformer cet attentat en guerre mondiale. Gavrilo Princip n'est pas un illuminé agissant spontanément. Une partie des services secrets et de l'état-major serbe sont derrière lui. L'Autriche tourne donc un doit accusateur vers la Serbie... 

A Paris, après avoir fêté dignement le 14 juillet 1914, le président Poincaré et le chef du gouvernement, René Viviani, gagnent le port de Dunkerque où ils embarquent
à bord du France, pour Saint-Pétersbourg. Ils parviennent le 19 juillet dans la capitale russe. Au même moment, à Vienne, le Conseil des ministres met au point l'ultimatum adressé à la Serbie, qui se sait soutenue par la Russie. 

Le jeu des engagements réciproques 

La Serbie veut réunir toutes les populations serbes des Balkans au détriment de l'Autriche. L'Autriche veut donc punir les Serbes. Mais les Serbes bénéficient du soutien des Russes, qui cherchent à se rallier le monde orthodoxe et slave. Or, la France s'est engagée à être solidaire des Russes, tandis que l'Allemagne ne peut laisser tomber l'Autriche, et que la Grande-Bretagne a signé un traité d'alliance avec la France. L'irrémédiabilité de la tragédie réside dans le jeu de ces engagements mécaniques et réciproques. La guerre n'est retardée que par le voyage des
dirigeants français, qui prennent leur temps à Saint-Pétersbourg, puis sur le chemin du retour qui se déroule au rythme d'une croisière, avec escale à Stockholm. 

Mais on n'y peut plus rien... C'est parti... 

 

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