Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

Enquêtes sur un mystérieux naufrage

 

Depuis la fin du XVIIIe siècle, les opérations de recherche des deux épaves se sont multipliées. L'une d'elle est localisée dans les années 1820 au large de Vanikoro, l'autre, au début des années 1960. Deux questions mobilisent dès lors les scientifiques : l'identification des navires et la destinée des éventuels survivants.

 

Ce n'est qu'en janvier 1791 que la Société d'histoire naturelle propose de partir à  la recherche de l'expédition. Un mois plus tard, l'Assemblée constituante décide d'envoyer deux flottes au secours des navigateurs disparus. Le 29 septembre, La Recherche et L'Espérance commandées par Bruny d'Entrecasteaux et Huon de Kermadec quittent Brest. Le 19 mai 1793, au cours d'investigations dans l'archipel de Santa-Cruz, les Français découvrent une île ne figurant sur aucune carte. D'Entrecasteaux la baptise île de la Recherche mais n'y aborde pas en raison d'une mer tourmentée. Or, cette île est Vanikoro (son nom actuel), où les bâtiments de Lapérouse se sont abîmés. Rossel, lieutenant de vaisseau sur le navire amiral rapporte qu'il a observé plusieurs feux au sommet de la montagne couronnant l'île. Des feux probablement allumés par les survivants du naufrage.

 

Il faut toutefois attendre mai 1826 pour découvrir des traces tangibles de l'expédition Lapérouse. Alors qu'un navire marchand anglais, le Saint-Patrick, relâche devant l'îlot de Tikopia dans le Pacifique, un lascar prénommé Joe propose au capitaine Peter Dillon une poignée d'épée en argent, que lui ont donnée deux rescapés du naufrage de Vanikoro. Dillon s'y rend sur-le-champ mais est contraint de repartir aussi vite en raison du mauvais temps. En septembre 1827, ayant convaincu la Compagnie des Indes orientales et la Société asiatique de lui affréter un navire, le Research , pour entreprendre des investigations, Dillon repart à  Vanikoro. Auprès des naturels, il récupère de nombreux vestiges d'un naufrage : casseroles, anneaux, cuillers, chevilles, plateaux en cuivre et une cloche en bronze d'un pied de diamètre sur laquelle sont gravés un crucifix entre deux figures et un soleil, et ces mots : " Bazin m'a fait. " Sur les récifs de la côte ouest, l'Anglais découvre également quatre pierriers en bronze, un boulet de 18, de la vaisselle et un morceau de sapin orné d'une fleur de lis, utilisé comme porte par les insulaires.

 

En février 1829, à  Paris, Barthélemy de Lesseps identifie ces objets comme appartenant à  l'expédition Lapérouse. Entre-temps, chargé des instructions de son ministre, le capitaine de frégate Dumont d'Urville s'élance en avril 1826 à  la recherche des traces de l'expédition Lapérouse sur une frégate baptisée L'Astrolabe ! D'Urville arrive à  Vanikoro le 14 février 1828. Près de Païou, dans une passe située en bordure du récif ouest, à  une profondeur de 12 à  15 pieds, les Français découvrent, entre autres, des ancres, des canons, des plaques de plomb, des boulets. Dumont d'Urville est convaincu que ces vestiges appartiennent à  L'Astrolabe et il espère que les numéros des pièces en fourniront la preuve. Après enquête auprès des naturels, d'Urville fournit une version du drame qui demeure la plus crédible à  nos jours. Au cours d'une nuit de tempête, les frégates ont sombré, l'une au large du district de Tanema, l'autre devant Païou. Les survivants réfugiés à  Païou ont construit un bateau avec les débris du naufrage tout en se défendant des attaques des insulaires. Au terme de six ou sept lunes, à  l'exception de deux hommes, déjà  cités par Dillon, tous ont repris la mer se dirigeant probablement vers la Nouvelle-Irlande.

 

De 1883 à  1958, d'autres expéditions fouilleront sans grand résultat l'océan et L'Astrolabe . En 1959, Haroun Tazieff, secondé par Reece Discombe, un plongeur néozélandais, ne fait pas mieux. Demeuré seul, Reece Discombe explore le littoral de l'île et découvre dans une faille des récifs du sud-ouest des vestiges ayant appartenu à  un navire. Il n'en faut pas davantage pour qu'une nouvelle expédition dirigée par Maurice Delaunay, le commissaire résident de France aux Nouvelles-Hébrides, bientôt renforcée par le patrouilleur de la Marine nationale La Dunkerquoise à  bord duquel se trouve Maurice de Brossard, chef du service historique de la Marine, soit expédiée à  Vanikoro. Les résultats ne se font pas attendre. Grâce à  des ancres et une plaque de cuivre signée Langlois appartenant au quart-de-cercle prêté à  l'astronome de La Boussole Lepaute-Dagelet, cent soixante-seize ans après, le doute est enfin levé : on a retrouvé et identifié La Boussole . Il faut attendre 1981 pour que, par l'intermédiaire de l'Association Salomon fondée par Alain Conan, les recherches reprennent de façon méthodique. L'expédition d'avril 1986 est marquée par la découverte de vestiges humains issus de La Boussole : les ossements de deux marins - qui seront placés dans une urne insérée dans le monument érigé à  la mémoire de Lapérouse à  Albi.

 

Des milliers d'objets, depuis que les recherches existent, ont été extraits de la mer semant le doute chez certains chercheurs au point de vouloir remettre en question le gisement de La Boussole . Doute définitivement levé avec l'expédition Vanikoro 2005. Une énigme demeure cependant : on ne sait toujours pas ce que sont devenus les survivants. En 1999, l'Association Salomon a découvert sur le site de Païou un espace habité. Un compas de proportion indiquant la présence de savants ou d'officiers a été exhumé à  environ 80 cm de profondeur. S'agit-il de l'habitation des deux naufragés dont parlent Dillon et d'Urville ?

 

En 2003, l'Association Salomon a retrouvé le squelette d'un homme à  l'intérieur de La Boussole dont l'ADN nous révélera peut-être un jour l'identité. Mais l'accumulation des vestiges issus de l'océan, même s'il y a là  un aspect émouvant, ne fera plus guère avancer l'Histoire. On peut toujours espérer retrouver le journal de bord de L'Astrolabe ainsi qu'un journal de terre relatant le séjour des survivants à  Vanikoro et le choix leur future destination à  bord de leur bateau de fortune. Un espoir infime.

 

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