Les Chroniques de l’Histoire

L’Histoire pour Tous

MAÎTRE PHILIPPE DE LYON

 

Une vie de miracles

 

Êtes-vous capable de ne pas dire du mal d’un absent pendant… une heure, une semaine, un mois ? C’est l’une des choses que Nizier Philippe, dit Maître Philippe de Lyon, demandait à ceux qui venaient chaque jour chez lui, entre 1882 et 1904, obtenir une guérison que la médecine ne pouvait plus leur promettre. Ils ont ainsi été des milliers à repartir sauvés et pour certains, à déposer leur témoignage devant notaire ou au bureau de police pour protéger celui que la médecine désavouée ne cessait de harceler. Portrait d’un homme de foi hors du commun – prophète, saint, éveillé ? – dont la vie et les enseignements touchent en plein coeur.

 

Qui se souvient des évènements extraordinaires qui se sont déroulés de la fin du XIXe à l’aube du XXe siècle, à Lyon, au 35 rue de la Tête d’or ? Personne, ou presque… Et pourtant quel bruit à l’époque, quel tapage, quelle admiration et quel scandale autour d’un homme, d’un seul, dont la vie et les évènements sont tout simplement incroyables ! Après sa mort en 1905, le nom de Nizier Anthelme Philippe, appelé Maître Philippe de Lyon par ses amis, n’a plus été prononcé sauf dans quelques cercles intimes. Aujourd’hui, un siècle après sa disparition, son nom est à nouveau chuchoté.

 

Des dons précoces

 

Tout commence le 29 avril 1849, à Loisieux, petit village de Savoie. Nizier Anthelme est le premier-né d’un couple de paysans pauvres, Marie et Joseph Philippe. Dès son enfance, il manifeste des dons particuliers qui étonnent son entourage. À l’école, par exemple, lorsqu’un de ses petits camarades a un mal de tête, il demande à aller s’asseoir à côté du jeune Philippe et la douleur disparaît rapidement. Un jour, alors qu’il garde des moutons, pour pouvoir aller jouer tranquillement, il prend un bâton et trace autour du troupeau un cercle invisible duquel les animaux ne peuvent s’échapper.

 

 

À l’âge de 14 ans, il vient vivre à Lyon, chez son oncle boucher dans le quartier de la Croix-Rousse. Tout en travaillant au magasin, il passe un diplôme de grammaire chez les pères Maristes (Ordre religieux catholique). Très tôt, il commence à recevoir des malades, essentiellement des gens du peuple, très pauvres en ces années difficiles de la fin du XIXe siècle. Il s’agit souvent de cas désespérés pour lesquels la médecine.

 

Des guérisons spontanées

 

En 1870, alors âgé de 21 ans, « Monsieur Philippe » se rend au chevet d’un enfant de sept ans, Jean Chapas, dont deux médecins viennent de constater la mort. Jean-Baptiste Ravier, l’ébéniste qui a confectionné le petit cercueil, est témoin de la scène : au pied du jeune Chapas, et devant toute l’assistance, Monsieur Philippe dit : « Jean, je te rends ton âme ! ». Immédiatement, l’enfant reprend ses couleurs et lui sourit. Jean Chapas deviendra par la suite « le disciple préféré » de Monsieur Philippe qui l’appellera « le Caporal ». Jean Chapas héritera des dons de son Maître et continuera son oeuvre jusqu’en 1926 environ, avec autant d’éclat. Monsieur Philippe veut officialiser son activité. En 1874, il s’inscrit aux cours de médecine de l’Hôtel- Dieu, à Lyon où avait exercé Rabelais quelques siècles plus tôt. Au sein de l’hôpital, voyant des malades souffrir, il ne peut s’empêcher de guérir les plus désespérés en leur faisant promettre de ne rien dire. Mais rapidement, ses professeurs s’aperçoivent que ces guérisons inexpliquées ont toujours un dénominateur commun: la présence de l’étudiant Philippe. Il est renvoyé pour « médecine occulte4 ». Il doit donc renoncer à avoir un statut officiel et légal. Vers la fin des années 60, des patients déposeront devant notaire des attestations de guérison pour l’aider lors des procès que des médecins lui intenteront pour exercice illégal de la médecine.

 

Cent à cent cinquante personnes par jour

 

Peu de temps après, en 1877, Monsieur Philippe épouse Jeanne Julie Landar, issue d’une très riche famille de la région. À l’abri du besoin matériel, il peut désormais consacrer le reste de sa vie à soigner et à soulager bénévolement les malades. Au début des années 1880, Monsieur Philippe loue un hôtel particulier au 35 rue Tête d’Or, à Lyon. C’est dans ce lieu qui deviendra mythique qu’il exerce son art jusqu’à sa mort en 1905, soit vingt-deux ans de séances quotidiennes ! Cent, cent cinquante personnes, voir plus, par jour viennent assister aux séances5. Des témoins notent les évènements et les paroles de Monsieur Philippe. Beaucoup de guérisons sont rapportées. Ces attestations nous apprennent qu’il soigne gratuitement et qu’il ne touche pas ses malades6. Il peut également soigner à distance. Les guérisons sont instantanées. Des médecins honnêtes constatent des guérisons. Le docteur Gérard Encausse voit un membre atrophié reprendre son volume normal en quelques minutes, une méningite foudroyante soignée en quelques instants.

 

Soigner sans toucher

 

L’aspect « guérisseur » de Monsieur Philippe ne représente qu’un des aspects du personnage. Il guérit, certes, et cela paraît indéniable au vu des multiples témoignages et témoins ; mais il parle. En fait, Monsieur Philippe n’impose jamais les mains, il parle de Dieu et du Christ et les gens guérissent. Il ne soigne que par la prière et défend les valeurs chrétiennes et l’Évangile. Il demande à ses patients un effort au quotidien comme abandonner un procès, ne pas dire du mal de son prochain en son absence, essayer d’aimer son prochain comme soi-même, etc. La prière, l’humilité constituent son leitmotiv : « Je suis le plus petit de tous et, si vous voulez que Dieu vous accorde ce que vous lui demandez, ne soyez pas orgueilleux, ne vous croyez pas quelque chose, ne soyez rien… » Des témoins proches de Monsieur Philippe rapportent des événements qui dépassent l’entendement. Alfred Hael, un industriel de Strasbourg, témoigne qu’il était avec Monsieur Philippe en calèche lors d’une journée de grand vent. Monsieur Philippe craqua une allumette et alluma sa pipe comme s’il était dans une chambre fermée alors qu’Alfred Hael se tenait le chapeau sur la tête tellement le vent était violent.

 

Des pouvoirs surnaturels

 

Le docteur Gérard Encausse témoigne qu’un jour qu’il était dans la cour du 35 de la rue Tête d’Or, le temps étant parfaitement clair, Monsieur Philippe commanda à la foudre de tomber à leurs pieds. Marie Lalande dira plus tard : « Je n’ai pas encore oublié l’expression du Docteur Encausse lorsqu’il me raconta ce fait. » En rencontrant une personne pour la première fois, Monsieur Philippe peut lui rappeler des événements qu’elle a vécus en secret. Nous avons le cas d’un meurtrier que Monsieur Philippe démasque en lui rappelant point par point les événements du crime exécuté quelques années plus tôt. « Si je vous ai dit un jour qu’à telle date (XVIIe siècle), j’ai vu ceci ou cela, cela ne veut pas dire que je vivais alors en un tel pays de la vie matérielle, mais remarquez bien que d’ici je puis regarder la Suisse ou Paris. Je pourrais regarder Pékin et plus loin encore. À ce moment-là je pouvais donc regarder cette scène sans y être pour cela. » Alfred Hael raconte : « Le soir à la veillée, Monsieur Philippe disait souvent des choses comme : “Ton beau-frère lit en ce moment tel journal ; l’empereur d’Allemagne vient de dire ceci, etc.” Et, devant notre étonnement, il disait : “Savez-vous pourquoi mon esprit peut s’étendre ainsi simultanément partout ? Simplement parce que je suis le chien du Berger et que j’ai le droit de me promener dans toutes les terres du propriétaire”. Paul Sédir, le brillant intellectuel mystique du début du XXe siècle a pu dire de Monsieur Philippe après l’avoir rencontré : “Cet homme, dépourvu de diplômes supérieurs, mettait en défaut les spécialistes de tous ordres. Je l’ai entendu, par exemple, rappeler à des gens de loi tels arrêts oubliés, éclaircir un texte à des paléographes, fournir un dispositif à des physiciens, indiquer à des botanistes le lieud’une plante rarissime. Des métaphysiciens le consultaient, comme des médecins ou des industriels engagés dans une affaire hasardeuse. Des hommes d’État, des financiers prenaient parfois ses directives. Lui-même composait des médicaments, inventait des appareils et des produits utiles, s’ingéniant sans cesse pour toutes sortes d’améliorations à la science appliquée.”  Et encore : “On lui demandait toutes sortes de choses autres que guérir ; le succès d’une démarche, la réussite d’une entreprise, la sauvegarde d’un soldat, la solution de problèmes techniques, l’éclairement d’une crise de l’âme ; souvent, en retour, il exigeait que le demandeur indemnisât en partie la justice divine par une aumône, par une réconciliation, l’abandon d’un procès, l’adoption d’orphelins. Et le miracle, la chose improbable et impossible, avait lieu sans bruit, sans que l’on pût démêler comment. Tout ce que les témoins purent jamais savoir, c’est que notre thaumaturge  condamnait les pratiques de l’ésotérisme comme contraires à la loi divine, ne les employait sous aucune forme et n’en recommandait pas les théories. Sa doctrine était l’Evangile seul et il n’estimait les livres qu’en proportion de leur concordance avec cet enseignement. Il proclamait la divinité de Jésus, sa souveraineté universelle et la perpétuité de Son œuvre rédemptrice. Il acceptait à la lettre les récits des apôtres, tenant pour superflues les exégètes modernes. “Si l’on s’efforce, disait-il d’aimer son prochain comme soi-même, le Ciel nous dévoile le sens vrai des texte” (…) »

 

Voici un bref aperçu d’un homme plus qu’exceptionnel dont la vie et les actes sont à la hauteur de son enseignement. Juste cent ans après sa mort, Monsieur Philippe commence à être redécouvert. À une époque où règne la confusion avec les phénomènes « Da Vinci code » et autres, la vie proche de nous de Monsieur Philippe vient apporter un témoignage vivant et une confirmation des événements d’il y a deux mille ans. Ce qui semble le plus nous appeler aujourd’hui, c’est son oeuvre spirituelle.

 

Terminons par ce témoignage étonnant d’Alfred Hael18 : « Bou Amama (célèbre soufi) était le devin du village arabe à l’Exposition universelle de 1900, à Paris. Papus lui avait parlé de Monsieur Philippe et il avait exprimé le désir de se rendre à Lyon pour le voir. Il avait, disait-il, beaucoup de choses à lui dire. Je fus chargé de recevoir et de piloter ce vieil Arabe puis de le reconduire à la séance au jour que Monsieur Philippe avait fixé. Là, il resta un moment devant le Maître et je fus étonné de voir qu’il ne lui parlait pas. La séance terminée, nous descendîmes l’escalier, lui et moi, et nous allâmes nous asseoir sur un banc dans la cour où Monsieur Philippe devait nous rejoindre. Là nous eûmes pendant vingt minutes une conversation générale, puis Monsieur Philippe nous quitta. Et, comme j’exprimais à Bou Amama mon étonnement qu’il n’ait pas posé à Monsieur Philippe les nombreuses questions dont il désirait l’entretenir, il me répondit : « Je lui ai tout dit, et il m’a répondu ». Je lui demandai alors : « Que pensez-vous du Maître Philippe ? ». Il dit, levant l’index de la main droite : “Il  est grand, il est très grand, il est le plus grand” »

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